L'EGLISE ET LES LEPREUX
Ne pouvant anéantir les déplorables résultats de la lèpre, l'église avait su au moins détruire la réprobation morale qui s'attachait à ces malheureuses victimes. Elle les avait revêtues d'une sorte de consécration pieuse, les désignant comme sauveurs de leurs frères, portant ainsi les douleurs du monde. Peut-être n'y a-t-il, dans la liturgie de l'Eglise, rien de plus touchant et de plus solennel à la fois, que le cérémonial dit "séparasia leprosorum" qui consiste à isoler ces malades du reste de la population puisqu'il n'y avait pas d'hospice spécialement réservé aux lépreux. Il faut dire que l'on ne connaissait pas cette maladie et encore moins le moyen de la soulager, elle effrayait, elle apparaissait comme inévitablement contagieuse.
On célébrait, en la présence du lépreux, la messe des morts. Puis, après avoir béni tous les ustensiles qui devaient lui servir dans sa solitude, et après que chaque assistant lui ait donné son aumône, le clergé, précédé de la croix et accompagné de tous les fidèles, le conduisait à une hutte isolée qu'on lui assignait pour demeure. Sur le toit de cette hutte, le prêtre plaçait de la terre du cimetière en disant: "sis mortuus mundo, vivens iterum Deo" (meurs au monde et renais à Dieu). Le prêtre lui adressait un discours consolateur dans lequel il faisait entrevoir les joies du paradis. Puis il plantait une croix de bois devant la porte de la hutte, y suspendait un tronc pour recevoir l'aumône des passants, et tout le monde s'éloignait. A Pâques, seulement, les lépreux pouvaient sortir de leurs tombeaux, comme le Christ lui-même, et entrer pendant quelques jours dans les villes et les villages pour participer à la joie universelle de la chrétienté. Quand ils mouraient, ainsi isolés, on célébrait leurs funérailles avec l'office des confesseurs non évêques…
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